Grand capitaliste et propriétaire de distilleries, Samuel Bronfman (1891-1971) a aussi été président du Congrès juif canadien pendant de nombreuses années, un éminent philanthrope et un sioniste convaincu. Il n’est pas exagéré d’affirmer qu’il a été le membre les plus influent de la communauté juive au cours des années quarante, cinquante et soixante. Connu pour ses pratiques en affaires et pour sa défense des causes juives, «M. Sam» a contribué à l’émergence au sein de sa famille d’une longue suite d’entrepreneurs et de leaders communautaires.
Né en Bessarabie (aujourd’hui la Moldavie) et élevé dans les prairies canadiennes, Samuel Bronfman était le fil d’Ekiel Bronfman, un pionnier de l’agriculture en Russie tsariste. Lorsqu’il découvrit que le climat n’était pas favorable au Manitoba à la culture du tabac, Ekiel décida de s’intéresser au commerce de l’alcool. Samuel tâta d’abord le domaine de l’hôtellerie avant d’établir à LaSalle, en banlieue de Montréal, une entreprise connue sous le nom de Distillers Corporation. Lorsqu’il prit le contrôle de Joseph E. Seagram & Sons, en 1928, Bronfman se trouvait déjà à la tête d’un empire. Sous le nom de Seagram, il tira profit de la prohibition aux États-Unis (1919-1933) et des lois relativement libérales du Québec en la matière pour lancer une entreprise de distribution d’alcool par la poste. Au même moment, Bronfman perfectionnait, à temps pour la fin de la prohibition, l’art de mélanger les différents types de whiskys. Il est intéressant de noter en effet que Bronfman signifie en yiddish «le marchand d’alcool».
Le «roi du whisky en Amérique» s’avéra aussi un généreux philanthrope et un leader communautaire hors pair, inspirant plusieurs autres personnes à s’intéresser à des causes comme l’État d’Israël et l’Hôpital général juif de Montréal. Bronfman réagissait ainsi car il croyait nécessaire de suivre le précepte judaïque du tikun olam (l’amélioration du monde). Il voulait aussi réagir à l’exclusion dont les Juifs étaient victimes dans les clubs élitistes sous prétexte d’antisémitisme. Pendant qu’il était à la tête du Congrès juif canadien (CJC), de 1939 à 1961, l’organisme devint la voie officielle du judaïsme canadien. Lors du déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, Bronfman, fort de l’appui de son directeur exécutif Saul Hayes, mit sur pied au sein du CJC un comité chargé de veiller au bien-être des réfugiés et une instance appelée United Jewish Relief Agencies. Pour voler au secours des Juifs européens victimes des nazis, Bronfman et Hayes ont remis en cause les lois canadiennes, qui étaient parmi les plus sévères au monde. Malgré son faible succès pendant la guerre, en 1947, le comité persuada le gouvernement de laisser entre 1200 orphelins victimes de l’Allemagne nazie. Bronfman a personellement vu à employer plusieurs réfugiés à sa distillerie de LaSalle.
Après la guerre, «M. Sam» s’est intéressé de très près à l’État d’Israël. Il a contribué à recruté des pilotes canadiens pour défendre Israël lors de la guerre d’Indépendance et à soutenu le futur premier ministre d’Israël Shimon Peres lorsqu’il a s’agit d’obtenir de l’équipement militaire au cours des années cinquante. Bronfman rencontra plusieurs dirigeants d’Israël dont Golda Meir en 1948 et David Ben-Gurion en 1962, à l’occasion de l’ouverture du Israel Museum à Jérusalem (Bronfman fut impliqué dans son financement).
Les enfants de Samuel et de Saidye Bronman ont poursuivi la tradition philanthropique de leurs parents. Edgar est devenu le successeur de Samuel à la tête de l’entreprise Seagram à New York, avant de devenir président du Congrès juif mondial en 1994. Charles Bronfman, ancien propriétaire des Expos de Montréal, a mis sur pied (chercher le nom en français) et est devenu le directeur des activités canadiennes de Bronfman. Quand à Phyllis Lambert, elle a fondé le Centre canadien d’architecture et l’organisme connu sous le nom de Héritage Montréal.
Par Marian Pinsky, traduit par Chantal Ringuet.
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