La Clothing Manufacturers’ Association of Montreal (CMAM), une coalition de propriétaires d’industries de vêtements datant de 1908, prit forme à la suite d’une opposition à la syndicalisation rapide dans ce milieu. Le commerce du vêtement formait alors l’une des industries les plus lucratives à Montréal. Au cours des décennies précédant la Première Guerre mondiale, plusieurs marchands juifs sont devenus des propriétaires d’usines dans ce milieu qui se composait, au départ, d’une forte majorité de non-Juifs. Par la suite, ceux-ci devinrent les principaux dirigeants de cette industrie. Au sein de ce groupe de manufacturiers juifs, le président de la CMAM était Lyon Cohen, un membre influent de la communauté juive de Montréal. En 1906, Cohen acquit la Montreal’s Freedman Company de Samuel Freedman, et il maintint la forte croissance de l’entreprise au point où elle devint l’une des firmes les plus prospères dans le marché du prêt-à-porter masculin. En dépit du rôle décisif de dirigeant qu’il a exercé dans la communauté juive de Montréal, Cohen, à l’instar de ses pairs au sein de l’industrie (David Friedman, Solomon Levinson et Harris Vineberg), s’est retrouvé à affronter des lignes de piquetage en 1912, puis en 1917. Au cours de ce conflit, Cohen dut faire face à ceux que ses oeuvres de charité visaient à soutenir.
En 1912, à l’occasion d’une grève générale dans l’industrie de vêtements masculins, l’Amalgamated Clothing Workers Union remporta une brève victoire lorsqu’ils négocièrent des améliorations dans les conditions de travail. Toutefois, les manufacturiers conservèrent des industries où ils pouvaient engager des travailleurs qui n’étaient pas syndiqués. En décembre 1916, Lyon Cohen fournit involontairement le prétexte pour la grève de 1917, un événement sans précédent jusqu’alors dans sa durée et sa violence. Cohen renvoya alors un délégué syndical de son usine, sous prétexte que l’activité syndicale de l’employé avait fait décroître de manière dramatique la capacité de production de l’usine. Le 12 janvier 1917, quelque 300 employés de chez Freedman déclenchèrent une grève après que Cohen ait refusé la demande de l’Alamgamated de réembaucher l’employé en question. Se retrouvant sans employés, Cohen négocia avec une autre compagnie afin de produire clandestinement les marchandises de sa firme ; les employés par intérim se sont toutefois joints au mouvement et ils ont entrepris une marche de solidarité avec les employés de Freedman. Par la suite, plus de 3000 briseurs de grève issus des 13 compagnies affiliées au CMAM se sont joint à la marche ; près de 1500 employés des 56 autres compagnies les rejoignirent ensuite. La grève dura plusieurs mois, ce qui bloqua complètement l’industrie de vêtements masculins jusqu’en mai.
L’aspect le plus intéressant de cette histoire est sans doute le fait qu’un nombre significatif de membres de chaque classe étaient des Juifs: les manufacturiers, les dirigeants syndicaux et les travailleurs. Les propriétaires des industries utilisaient tous leurs moyens afin d’empêcher les changements que les syndicats provoquaient dans leurs usines, comme la hausse des salaires et l’améliorations des conditions de travail. Entre les oeuvres de charité publiques mises sur pied par ces industriels et la manière dont ils traitaient les travailleurs juifs dans leurs usines, la différence était notable. Les grèves contre les firmes appartenant à CMAM représentent un excellent exemple des tensions qui existaient à l’époque entre les Juifs uptowners et les immigrants downtowners.
Par Sarah Woolf, traduit par Chantal Ringuet.
Sources
Azrieli, David J., Joe King, and Gil Troy. Rekindling the torch: the story of Canadian Zionism. Toronto: Key Porter Books, 2008.
King, Joe, and Johanne Schumann. From the ghetto to the Main: the story of the Jews of Montreal. Montreal: Montreal Jewish Publication Society, 2001.
Shuchat, Wilfred. The gate of heaven: the story of Congregation Shaar Hashomayim of Montreal, 1846-1996. Montreal: McGill-Queen's University Press, 2000.
Tulchinsky, Gerald. Taking root: the origins of the Canadian Jewish community. Toronto: Lester Pub., 1992.
*Les images proviennent du Musee McCord, du Musee Wallace and Area et des Archives et du Musee de la Congregation Shaar Hashomayim.
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