En 1969, l’École Maïmonide, un projet mis en place par des parents juifs marocains, est devenue la première école juive à temps plein au Canada à adopter le français comme langue d’enseignement. Nommée en l’honneur du philosophe juif et théologien du douzième siècle, le Rabbin Moshe ben Maïmon ou Maïmonide, le programme de l’école comprend des études séculaires et juives, et il met l’accent sur le maintien d’une identité juive sépharade distincte. La lutte qu’a menée très tôt l’école Maïmonide pour être acceptée au sein d’une communauté juive principalement anglophone est représentative des défis qui caractérisaient les relations entre les Ashkénazes et les Sépharades de Montréal.
La création de l’État d’Israël et l’indépendance qu’ont acquise plusieurs pays de l’Afrique du Nord durant les années 1950 a entraîné un exode massif des Juifs sépharades, dont plusieurs sont arrivés à Montréal en quête du « rêve américain »… en français! Les parents sépharades étaient alors consternés d’apprendre que le système d’écoles confessionnelles du Québec réservait les écoles francophones aux catholiques et les encourageait à inscrire leurs enfants dans le système d’écoles protestantes anglophones, alors plus ouvertes sur le plan de la diversité religieuse. Comme les écoles protestantes n’étaient pas disposées à satisfaire les demandes d’enseignement en langue française, les parents ont alors fait appel à l’Association sépharade francophone (ASF) afin de mettre sur pied une école indépendante. En 1968, le Dr. Jean-Claude Lasry, alors le président de l’ASF et le président de la Commission sur l’éducation des Juifs francophones, a rencontré Yves Martin, de la Commission des écoles catholiques de Montréal, afin de discuter de la situation difficile que rencontraient les Juifs francophones : la perte de leur religion s’ils fréquentaient les écoles catholiques francophones, ou la perte de leur identité culturelle s’ils participaient au système anglophone protestant.
Par la suite, une institution autonome a été créée : il s’agit de l’école Maïmonide, dont les coûts ont été partagés par la Commission des écoles catholiques de Montréal, les Allied Jewish Community Services [Services communautaires juifs unifiés] et les United Jewish Relief Agencies of Canada [Agences de soutien juif unifiées du Canada]. De 1969 à 1972, la première classe de l’école Maïmonide a occupé une aile de l’école catholique Saint-Antonin, située à l’angle de la rue Coolbrook et du Chemin Queen Mary, sous la direction de Judah Castiel, avant de déménager dans un immeuble situé au 7450, Chemin Côte-Saint-Luc. Aujourd’hui, l’école Maïmonide compte deux campus : le Campus Parkhaven à Côte Saint-Luc et le Campus Jacob Safra à Ville Saint-Laurent.
L’innovation et le dévouement ont été les moteurs de l’école Maïmonide durant ses premières années difficiles. Son statut vulnérable a été aggravé par la Révolution tranquille et l’insistance du gouvernement à accroître l’enseignement en français dans les écoles juives anglophones à temps plein. Ces mesures de francisation ont semé la consternation dans les milieux scolaires juifs anglophones. Les écoles juives ont alors déversé leur frustration contre l’école Maïmonide, accusant son insistance sur le français d’être le signe d’aspirations nationalistes. Au cours de sa première décennie, l’école Maïmonide a été exclue de l’Association des écoles juives à temps plein sous prétexte qu’elle « n’était pas entièrement juive ». Une fois que les Juifs anglophones se sont habitués à la structure de pouvoir changeante de la société québécoise et à la nécessité d’intégrer les Sépharades dans la communauté juive, les relations entre les deux groupes se sont améliorées.
Par Marian Pinsky traduit par Chantal Ringuet.
Sources
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Castiel, Judah. “École Maïmonide: Le plus grand des defis, la plus belle realisation de notre communaute. » 50 Ans Ensemble: Le Livre Sepharade 1959-2009. Ed. David Bensoussan. Montreal : Communaute Sepharade Unifiee du Quebec, 2010: 232—235.
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*Les images proviennent des CJCCNA.

