Connu sous l’appellation du « roi des joueurs de Montréal », Harry Ship (1913-1998) mit sur pied une organisation criminelle prestigieuse associée aux jeux de hasard durant les années 1940. À cette période, plusieurs immigrants juifs d’Europe de l’Est prirent part au crime organisé. Des personnalités telles Harry Davis, Barney Shulkin, Harry Feldman et Max Shapiro faisaient partie de la pègre à Montréal. Leurs activités étaient centrées sur le jeu illégal. L’entreprise de Ship était située dans une série d’appartements nommés les « maisons blanches » (« white houses »), dont il existait des ramifications sur la rue Sainte-Catherine, dans les municipalités de Lachine et Greenfield Park, et dans une ferme de Côte Saint-Luc. Imitant les casinos officiels établis dans différentes régions du monde, ces casinos illégaux et informels servaient de la nourriture aux tables de jeu afin que les visiteurs jouent sans cesse. Dans certaines « maisons blanches », on retrouvait des cubicules dans lesquels les employés de Ship, à l’aide de carnets de notes et de téléphones, recevaient des paris sur diverses activités, des événements sportifs aux résultats des élections.
La relation particulière que Ship entretenait avec les chiffres était connue bien avant qu’il s’adonne au jeu. À l’Université Queen’s, où il amorça des études, il excellait dans les mathématiques. Par la suite, il mit sur pied un empire de jeu qui lui apporta richesse et luxe. Il possédait un manoir à Outremont et le club de nuit légendaire « Chez Parée », qui accueillit des artistes de la scène de renom, tels Dean Martin et Frank Sinatra. Ship n’avait aucune réserve à faire de l’auto-promotion: entouré d’une équipe de relations publiques, il parraina même une équipe de baseball junior nommée « Les Shipmates ».
Cependant, le règne de Ship fut bref. Au cours des années 1940, l’éminent avocat Pax Plante déclara publiquement la guerre à la corruption par le jeu à Montréal. Les croisades de Plante étaient souvent accompagnées par les médias locaux et, en 1946, Ship devint sa principale cible. En janvier 1948, Ship fut arrêté et trois chefs d’accusations furent déposés contre lui pour avoir dirigé des maisons de jeu illégales. À son procès, il affirma être en faillite, ce qui demeure plausible en raison de sa dépendance au jeu. L’empire qu’il avait érigé fut ensuite repris par la faction émergente de la Mafia sicilienne à Montréal, qui le menaça de mort à plusieurs reprises. Nous savons peu de choses sur ce qu’il advint de Ship après qu’il se soit retiré du monde criminel du jeu à la fin des années 1950.
L’héritage de Ship dans la communauté juive est représenté dans le roman The Apprenticeship of Duddy Kravitz [L’apprentissage de Duddy Kravitz] de Mordecai Richler. La figure de Ship inspira à Richler un protagoniste qui portait le même surnom que celui-ci, « The Boy Wonder ».
Par Valérie Beauchemin et David Gilbert, traduit par Chantal Ringuet.
Sources
Morton, Susan. At odds: Gambling and Canadians 1919-1969. Toronto: University of Toronto Press, 2003.
Richler, Mordecai. The Apprenticeship of Duddy Kravitz. Toronto: McClelland & Stewart, 2001.
Schneider, Steve. Iced: The Story of Organized Crime in Canada. Mississauga: Wiley, 2009.
Weintraub, Wiliam. City Unique: Montreal Days and Nights in the 1940s and 1950s. Toronto: McClelland & Stewart, 1996.
*Les images proviennent des Archives publiques du Canada.
Images
Adresse
324 Côte-Ste-Catherine, Montréal
Carte interactive aux coordonnees 45.5156665, -73.6027711.
Expositions et histoires reliees
Autres expositions
- Harry Ship - Résidence (1942-1945)
- Harry Ship - Résidence (1938-1940)

