Club Hashomer Hatzair - Club Hashomrim

1944 - 1945

C’est au moment où la communauté juive de Montréal se mobilisait pour fonder un État juif, au cours des années vingt et trente, que les activités sionistes ont atteint un point culminant au sein de la jeunesse. Partageant le terrain avec des groupes plus centristes sur le plan politique, tels Young Judaea et Habonim (ce dernier était patronné par les travailleurs sionistes), Hashomer Hatzair (qui signifie «les jeunes gardes»), s’affichait comme le mouvement le plus à gauche et le plus populaire chez les jeunes sionistes. Comme il entretenait des liens importants avec les milieux ouvriers, Hashomer avait un certain ascendant sur les familles immigrantes. Ses animateurs, centrés sur la langue et la culture hébraïque, préparaient les membres à immigrer en Israël (à «faire aliyah») et à travailler dans des kibboutzs.

Hashomer Hatzair a été créé en 1916 au moment où Hashomer, un regroupement de scouts britanniques, se joignit à l’organisme culturel et nationaliste Ze’irei Zion [les jeunes sionistes] originaire de la Galicie. Au cours des années trente, ce mouvement socialiste radical devint le plus important courant sioniste pour les jeunes en Europe de l’Est. Ses membres ont été aux premiers rangs de la résistance juive durant l’Holocauste, y compris durant l’insurrection du ghetto de Varsovie dirigée par Mordechai Anielewicz.

Des activistes européens ont transplanté Hashomer Hatzair en Amérique du Nord au cours des années vingt, et un ken [nid] a été établi à Montréal en 1923. Pendant les années quarante, ce mouvement réunissait 400 membres, ce qui représentait alors le plus important ken sur le continent. Dans cette organisation, les shomrim [gardiens] portaient des chemises inspirées du scoutisme et des foulards triangulaires. Leurs rencontres, qui se déroulaient à la fois en hébreu et en yiddish, mettaient en valeur la culture juive et préparaient les adhérents à une vie en Israël. Les shomrim se réunissaient d’abord en plein air ou dans des maisons privées, avant de louer un espace au 5250, rue Saint-Urbain au cours des années quarante. Ces lieux à vocation sociale servaient aussi à accueillir des shlichim [émissaires] et des dirigeants sionistes comme Golda Meir, David Ben-Gourion et Chaim Weizmann.

Les activités des membres de Hashomer se poursuivaient chaque été dans des camps situés à trois endroits différents dans les Laurentides ; le premier, nommé le Camp Shomria, a ouvert en 1929, et le dernier fut utilisé au cours des années cinquante. Dès les débuts du mouvement, des fermes furent aménagées pour permettre aux membres de s’initier à la vie des kibboutzs. Certaines étaient connues sous le nom de hechalutz (fronts pionniers) et d’autres sous le nom de hachshara (entraînement) ; l’une d’entre elles a été construite en 1944 près de Prescott, en Ontario. De 1946 à 1951, une autre hachshara a été administrée à Smithville, en Ontario, en collaboration avec le mouvement Habonim. En 1947, une autre ferme de ce type fut ouverte à Sainte-Julie-de-Verchères, à l’est de Montréal.

Comme c’était le cas en Europe de l’Est, où une participation à des groupes en langue hébreue exprimait souvent une rébellion face à des parents yiddishophones, les shomrim de Montréal ont souvent fait preuve d’audace à l’intérieur de leur mouvement. Pendant que leurs frères (achim) américains discutaient de la logistique associée à l’aliyah, cet idéal se transformait souvent en action à Montréal. Fait intéressant, le premier membre nord-américain qui émigra en Palestine était un Montréalais. En 1931, cinq shomrim firent aliyah; ils étaient les premiers individus originaires de l’Amérique du Nord à se joindre en 1937 au kibboutz Ein Hashofet.

La Seconde Guerre mondiale sonna le déclin du mouvement. Les dirigeants de celui-ci furent recrutés dans l’armée et la Palestine ferma ses portes à l’immigration. Durant cette même période, l’idéologie de Hashomer fut remise en cause par certains. Au cours des années de guerre, les sections nord-américaines ont été en mesure de débattre à propos de leurs choix idéologiques durant les réunions nationales, dont une eut lieu en 1949 au Monument-National. Peu après, la création d’un nouveau mouvement appelé Kibboutz Aliyah Vav (un groupe dédié à préparer ses membres à l’émigration en Palestine) redonna vie au courant Hashomer.

Une fois l’État d’Israël fondé en 1948, plusieurs mouvements de jeunesse sionistes ont reporté leurs activités sur l’animation au sein de la communauté montréalaise. Quand la population juive s’est déplacée vers l’ouest au cours des années cinquante et soixante, le ken du mouvement Hashomer a déménagé à Snowdon, où il est demeuré un lieu de rencontre populaire. Ce courant a toutefois décliné au cours des années soixante-dix, période au cours de laquelle de nombreux Juifs anglophones ont quitté Montréal ; ainsi, le ken torontois fut le seul au Canada.

Situé près de Perth, en Ontario, le Camp Shomria propose aux jeunes d’aujourd’hui une expérience de vie sur un kibboutz. Par contre, Hashomer Hatzair demeure actif en Israël, où il constitue l’aile jeunesse du parti de gauche Meretz.

Par Marian Pinsky, traduit par Chantal Ringuet.


Sources

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*Les images proviennent des Hashomer Hatzair Archives Yad Yaari, Givat Haviva.

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