Au cours des années 1950, période où les colonies de l’Afrique du Nord acquirent leur indépendance, de nombreux juifs sépharades émigrèrent massivement en France, en Israël au Québec. Dans la ville de Montréal, alors bilingue, ils entrèrent en contact avec la population canadienne-française; celle-ci vivait alors un moment charnière de son histoire grâce à l’émergence de la Révolution tranquille, qui transforma la société québécoise sous plusieurs plans. À ce moment, les Canadiens français utilisaient l’expression « les juifs catholiques » pour désigner les Sépharades.
Comme la communauté juive de Montréal se composait d’anglophones depuis 200 ans, les Canadiens français furent surpris de rencontrer pour la première fois des Juifs francophones. Les Sépharades déconstruisirent la perception du dualisme linguistique et religieux au Québec, où les qualificatifs « catholiques » et « français » allaient de pair. Leurs efforts en vue de maintenir leur identité culturelle et linguistique mit un terme à l’idée reçue voulant que les Juifs soient tous des anglophones associés à l’influente communauté anglo-saxonne. Par le passé, les relations entre les Canadiens français et les Juifs avaient été colorées par un certain sentiment d’antisémitisme (dont les responsables étaient les alliés de l’Église catholique). Avec l’arrivée des Juifs sépharades, les relations d’affaire et d’amitié ainsi que les mariages mixtes entre les deux communautés se répandirent.
L’expression « juif catholique » était utilisée dans le contexte de la Révolution tranquille, période où les distinctions sociales étaient surtout basées sur des paramètres linguistiques, et non religieux. De nos jours, cette expression a disparu; toutefois, aux yeux de certains membres fondateurs de la communauté sépharade de Montréal, elle rappelle la situation unique, souvent stimulante, qu’ils rencontrèrent lors de leur arrivée à Montréal.
Par Marian Pinsky, traduit par Chantal Ringuet.
Sources
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*Les images proviennent des Archives nationales du Congrès juif canadien, Comite des charites et des Archives nationales du Congrès juif canadien
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