Les landsmanshaften - Bassarabian Sick Benefit Association

1915 - 1918

Les Landsmanshaften (sociétés de secours mutuel) étaient des associations immigrantes fondées par des Juifs provenant de la même ville en Europe de l’Est (shtetl). En offrant aux nouveaux immigrants un sens de la communauté et de la stabilité, les landsmanshaften ont permis aux Juifs d’entretenir des liens avec leurs villes d’origine tout en facilitant leur intégration. Une composante déterminante des communautés juives immigrantes en Amérique du Nord des années 1880 à 1950, les landsmanshaften ont fourni des services sociaux au sein desquels régnait une atmosphère heymeshe (familière). Ces groupes étaient d’une importance si grande qu’environ un Juif sur cinq qui vivant aux Etats-Unis à la fin des années 1930 était membre d’une landsmanshaft. Bien que de telles statistiques n’existent pas à Montréal, des douzaines de sociétés de secours mutuel comprenant des milliers de membres ont été mises sur pied durant les années de la grande migration d’Europe.

Si la majorité de ces landsmanshaften nommées d’après leur communauté d’origine étaient séculières, les noms précédés du terme «Anshe» (peuple de) ou «Khevre» (amis de) indiquaient qu’elles étaient affiliées à une synagogue. À Montréal, ces synagogues étaient, parmi d’autres, les suivantes : Anshei Galicia, Anshei Moroshe, Anshei Ozeroff, Beth Hakneseth Anshei Ukraina, Knesset Israel Anshei Poland et la Pinsker Kinyan Torah. Bien qu’il existait des femmes œuvrant à titre d’auxiliaires, ces associations étaient dirigées par des hommes. À l’exception d’un certain nombre de landsmanshaften centrées sur l’Arbeiter Ring (l’organisation socialiste Workmen’s Circle) et le Poale-Zion (les sionistes travaillistes), la majorité d’entre elles n’affichaient pas de caractère idéologique ; elles étaient centrées sur les besoins culturels et sociaux des immigrants.

La langue de communication était alors le yiddish. Des réunions sociales et des pièces de théâtre dans cette langue renforçaient ce lien culturel au lieu d’origine. En complément de journaux de renom en langue yiddish à Montréal, tel le Keneder Adler, des publications souvenir en yiddish affichaient des poèmes, des anecdotes et des souvenirs du «vieux pays» aux côtés des informations d’actualité locale. En plus d’aider les immigrants à trouver du travail, les journaux ont aidé les familles séparées après la guerre à retrouver leurs membres. À New York, où la communauté juive était mieux organisée qu’à Montréal durant les années 1910, des publicités ont été vendues afin d’aider à envoyer des paiements visant à reconstruire des communautés détruites par la Première Guerre mondiale, pour appuyer les organisations locales, ou pour apporter leur contribution à des projets en Palestine.

Les landsmanshaften ont surtout été actives avant les années 1950, car la Shoah a coupé les liens entre les immigrants et leur lieu d’origine. En plus de faciliter leur intégration à la société canadienne, des prêts sans intérêts pour les enterrements et les shifskartn (arrivée des bateaux) ont aidé à réunir plusieurs familles touchées par la guerre. L’une des fonctions les plus importantes de ces associations consistait à offrir des parcelles de terrain à prix abordable pour l’enterrement des défunts. Ce legs est manifeste dans plusieurs cimetières juifs de Montréal, où des sections entières sont réservées aux landsmanshaften.

Plusieurs associations de Montréal ont joué un rôle à la fois politique et social, en faisant des pressions auprès des gouvernements et afin de venir en aide à leurs landsmen juifs (compagnons juifs originaires d’un même village). Par exemple, la Federation of Polish Jews of Canada [Fédération canadienne des juifs polonais] a insisté afin que le gouvernement polonais s’occupe des conditions très difficiles dans lesquelles les Juifs ont été plongés durant la Seconde Guerre mondiale ; la United Bukoviner Society a envoyé des colis de secours à des proches en Ukraine soviétique durant les années 1960 ; et la North End Vilkomer Sick Benefit Society a réuni des fonds pour participer à l’effort d’indépendance en Lituanie en 1919-1920. De nos jours, les documents disponibles concernant les réunions des landsmanshaften, écrits à la main en yiddish, servent à la fois à retracer les généalogies et à découvrir le contexte dans lequel sont arrivés des proches.

Par Marian Pinsky, traduit par Chantal Ringuet.


Sources

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*Les images proviennent des Archives de la Bibliothèque publique juive.

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