Né à Londres de parents juifs Polonais, Morris Cohen (1887-1970) a grandi dans un quartier pauvre de la capitale britannique nommé le East End. À la fois un aventurier, un joueur compulsif et un criminel de bas étage, Cohen a aussi fait carrière en tant que général dans l’armée chinoise. Au cours de sa jeunesse, Cohen a acquis une réputation de voleur à la tire et ses parents, alors inquiets de son comportement, ont décidé en 1905 de l’envoyer au Canada. Cohen s’est retrouvé dans l’Ouest canadien et il a d’abord vécu pendant un certain temps à Saskatoon et à Edmonton. À Saskatoon, il a rencontré plusieurs travailleurs chinois qui étaient souvent victimes de racisme. Comme il avait subi un sort semblable en Angleterre en tant que Juif, Cohen fut immédiatement sympathique à la communauté juive. En complicité avec Mah Sam, il a dirigé une «maison de joie» ; à la suite d’un raid de la police, il a passé quelque temps en prison. Au cours de la Première Guerre mondiale, Cohen s’est retrouvé au sein des forces armées canadiennes. Entre autres fonctions, il a occupé surveillé la construction de voies ferrées par des travailleurs chinois.
Après la guerre et grâce à une recommandation de Chinois d’origine canadienne, Cohen est devenu un garde du corps de Sun Yat Sen, le leader politique et révolutionnaire de la Chine moderne. Il a occupé cette fonction jusqu’à la mort de Sun Yat Sen en 1925. C’est durant cette période que Cohen, qui avait un penchant pour la gloriole, a reçu le sobriquet de «Two Gun». Cela tenait à ce qu’il avait été atteint au bras durant une fusillade, pendant qu’il tentait d’agripper son revolver, et qu’il avait ensuite dû toujours porter sur lui deux armes à feu. Lorsque Chiang Kai Shek prit le pouvoir, Cohen, qui était devenu entretemps un membre important du parti Kuomingtant, fut nommé au poste de général de l’armée chinoise. Il était alors le seul non Chinois à se mériter cet honneur. Tandis que Cohen et Sun Yat Sen avaient été de proches amis, Chiang Kai Shek et lui développèrent une relation strictement professionnelle.
En 1937, le Japon a envahi la Chine et l’armée chinoise n’a pas été en mesure de repousser l’attaquant. En 1942, les Japonais ont emprisonné Cohen au camp pénitentiaire de Stanley, à Hong Kong. Toujours habile à se faufiler, Cohen a réussi à s’échapper au Canada pendant un échange de prisonnier entre les forces alliées et les Japonais. Arrivé à Montréal en 1943, il fut aussitôt entouré des médias et d’une foule de curieux. Les membres de la communauté juive, dont Samuel Bronfman, le président du Congrès juif canadien, se sont alors pressés pour le rencontrer à l’hôtel Mont-Royal. Two-Gun Cohen poursuivit ses démêlés avec la politique chinoise bien après 1943, au point où il se rendit en Chine continentale et à Taiwan, même après la Révolution communiste de 1949. Il exerça aussi une influence pour changer le vote de la délégation chinoise aux Nations-Unies concernant le plan de partition de la Palestine. Au lieu de voter contre ce plan, les Chinois jugèrent bon de s’abstenir. Cohen épousa ensuite Judith Clark, la propriétaire d’un magasin de vêtements pour dames chic situé au centre-ville de Montréal. Après son divorce, en 1956, Cohen retourna vivre en Angleterre où il mourut en 1970. Aujourd’hui, il figure dans un épisode étrange des relations entre la Chine et l’histoire juive.
Par Valérie Beauchemin et David Gilbert, traduit par Chantal Ringuet.
Sources
Ben-Eliezer, Judith. Shanghai Lost, Jerusalem Regained. Israel: Steimatzky, 1986.
Drage, Charles. The Life and Times of General Two-Gun Cohen. New York: Funk & Wagnals, 1954.
Goldberg, M. Hirsch. Just Because They’re Jewish. New York: Stein & Day, 1979.
Levy, Daniel S. Two Gun Cohen: A Biography. New York: St. Martin’s Press, 1997.
Millar, Ruth. Saskatchewan Heroes & Rogues. Regina: Coteau Books, 2004.
Schnurmacher, Thomas. “Story of China’s Jewish Cowboy: Two Gun Cohen to be Filmed.” Montreal Gazette August 15, 1988.
*Les images proviennent des Archives nationales du Congrès juif canadien, et du Comite des charites.
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