Les décennies 1920 à 1940 marquent une apogée pour les mouvements de jeunesse sionistes de Montréal. L’attitude non-partisane de Young Judaea et son insistance sur la culture juive attiraient les jeunes juifs issus de familles établies, tandis que les Habonim et les Hashomer Hatzair, des groupes à tendance gauchiste, étaient populaires parmi les familles de downtowners d’Europe de l’Est.
Young Judaea (YJ) ou Yehuda Hatzair, le plus grand mouvement de jeunesse sioniste du Canada, a été fondé en 1909 aux États-Unis. La branche canadienne de l’organisme, la Canadian Young Judaea, a été fondé officiellement en 1917 par Bernard (Dov) Joseph (un individu qui servit plus tard dans le gouvernement israélien), mais le précurseur du groupe a possiblement été actif à Montréal à une date aussi reculée que 1910. Au milieu des années 1920, YJ s’était enraciné partout au Canada et Montréal accueillait l’un de ses sections les plus actives. Comme la division de jeunesse de Hadassah (l’organisme des femmes sionistes) et l’organisation sioniste du Canada (ZOC), la YJ devint le principal véhicule pour construire l’identité juive parmi les jeunes dans les petites villes canadiennes, et parmi les enfants des « sionistes non-engagés » dans les grandes villes. De prime abord, les membres de Young Judaea ont été attirés vers l’organisme par son attitude centrée sur la politique, son insistance envers l’action sociale et l’identité juive, ainsi que ses réunions sociales. Le groupe leva des fonds pour le Jewish National Fund (JNF) et travailla à combattre l’indifférence parmi les jeunes, grâce à des discussions de groupe sur l’histoire et la culture juive et sur le sionisme.
Des années 1920 aux années 1960, le quartier général de la Young Judaea était situé à Montréal. Avant qu’il ne devienne un poète de renom, A. M. Klein fut le directeur éducatif de la YJ et son président national en 1934 ; il a aussi travaillé en tant qu’éditeur de sa publication, The Judaean. Plus tard, le bureau national publia le bulletin The Leader et le guide d’apprentissage pour les dirigeants du YJ, le Dugma. Cette dernière publication comportait la correspondance du Club YJ, un organisme qui servait de lien avec les jeunes juifs des petites villes canadiennes. En 1942, la Young Judaea ouvrit le Camp Hagshama à Mont-Tremblant, offrant ainsi à ses membres un environnement estival.
Mais l’intérêt majeur de la Young Judaea et son sionisme peu engagé engendrèrent la frustration de certains membres. Des factions influencées par le Habonim, un mouvement à tendance plus gauchiste, apparurent au sein de la section de Winnipeg. Ses membres voulaient démontrer leur profond engagement sioniste en faisant aliyah (en émigrant en Israël). En 1944, une véritable ferveur pour l’aliyah se répandit à travers le Canada, ce qui mena à une confrontation avec le Zionist Organisation of Canada (ZOC), qui voulait maintenir un rôle strictement éducatif dans sa section jeunesse. Sous le président Sam Chait, une commission de jeunesse chercha à supprimer ces éléments « radicaux ».
Au moment où la YJ retrouva son attitude non-idéologique, des membres faisant des pressions pour obtenir plus d’opportunités d’engagement bénéficièrent de l’ouverture du Camp Biluim en 1951. Situé à Perth, en Ontario (jusqu’à son déménagement sur le site du Camp Hagshama en 1972), il offrait aux adolescents plus âgés une formation intensive de leadership. La Young Judaea mit sur pied également un programme machon (en institut) d’un an en Israël durant les années 1950.
L’engagement de la Young Judaea envers le sionisme et la culture juive se perpétua après la création de l’État d’Israël en 1948. Suivant le déplacement de la communauté juive vers les quartiers de l’ouest de la ville et les banlieues datant des années 1950 et 1960, la YJ fit concurrence aux groupes de jeunesse des synagogues tels la United Synagogue Youth (USY), la North American Federation of Temple Youth (NFTY) et la National Conference of Synagogue Youth (NCSY), ainsi qu’avec l’organisme de jeunesse B’nai Brith (BBYO). Le club de la YJ, situé à Snowdon et dirigé par des schlichim (messagers) israéliens, présentait des rencontres du vendredi très fréquentées et des soirées de danse folk. À la fin des années 1990, les membres de la YJ se rencontraient à la synagogue reconstructionniste Dorshei Emet. De nos jours, les camps Young Judaea continuent d’attirer un public montréalais.
Par Marian Pinsky, traduit par Chantal Ringuet.
Sources
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