Rose Pesotta, Bernard Shane et les midinettes - ILGWU Headquarters

1933 - 1939

Les midinettes étaient des jeunes filles et des femmes qui travaillaient dans le difficile domaine de la confection à Montréal au début du XXe siècle ; ce nom, une contraction des termes « midi » et « dînette », faisait référence à leur « bref dîner » et au phénomène de milliers de filles qui faisaient une apparition soudaine à l’heure du dîner dans les rues Sainte-Catherine et Bleury. Entassées dans des pièces exigues et dépourvues de lumière, ces couturières travaillaient jusqu’à 80 heures par semaines pour gagner un maigre salaire hebdomadaire de 5 à 10$, à un taux de quinze sous par vêtement. Composés d’une forte majorité de femmes catholiques francophones, et d’un faible nombre d’hommes, d’Anglophones, de Juifs et d’Ukrainiens, ces couturiers formaient le secteur le plus difficile à syndicaliser dans l’important domaine de l’industrie de la confection à Montréal.

Pour que les midinettes obtiennent un syndicat de manière réussie, il fallait au préalable qu’elles contournent habilement les tensions déjà existantes entre la main-d’œuvre et surmontent les questions d’identité ethnique. Bernard Shane, le directeur de l’International Ladies Garment Workers’ Union (ILGWU) au Canada, est arrivé à Montréal des Etats-Unis durant l’hiver 1934. Envoyé par le président de l’ILGWU, David Dubinsky, Shane – qui allait devenir plus tard le trésorier du Jewish Labour Committee et un acteur de premier plan dans le Tailors Project – a dirigé la syndicalisation des travailleurs de la confection à Montréal. À cette période, les lois du travail au Québec étaient très complexes. De l’arrivée de Shane en 1934 jusqu’à la crise de 1937, les années décisives pour la syndicalisation des travailleurs de la confection au Québec ont été marquées par la Grande dépression, la croissance de l’antisémitisme, et le pouvoir inégalé de l’Église catholique. En 1936, Maurice Duplessis a été élu Premier ministre du Québec ; celui-ci a mené une lutte personnelle contre le communisme et plusieurs syndicats, ce qui aggravé la situation.

Combattant la méfiance, la peur et le scepticisme en apparence insurmontables des midinettes, Shane a demandé l’appui de Rose Pesotta, une organisatrice de l’ILGWU très renommée (et une compatriote juive américaine). À cette période, le manque de compréhension généralisé entre les Juifs et les Canadiens-français, dû principalement à un manque de contacts dans une société confessionnelle et à la division des travailleurs de la confection par origine ethnique, rendait toute tâche d’unification et de coordination particulièrement difficile. Pour Pesotta, un homme exceptionnellement doué pour réunir les gens malgré les divisions sociales, l’influence de l’Église catholique a représenté l’obstacle le plus déroutant et frustrant. De manière générale, l’Église se méfiait des syndicats, en particulier de ceux qui n’étaient pas contrôlés par des chapelains catholiques et de ceux qui avaient des liens internationaux, comme c’était le cas de l’ILGWU. La représentation de la main-d’œuvre catholique s’est affirmée par le biais d’un syndicat catholique qui cherchait à représenter les travailleurs, tout en collaborant avec les propriétaires des industries. Étranger aux complexités politiques du Québec, Pessota a pourtant eu beaucoup de succès, ce que l’on attribue souvent à son respect envers la dévotion cathoique des midinettes et à son refus de se quereller publiquement avec l’Église. L’équipe de l’ILGWU dépendait également de l’appui organisationnel de Léa Roback, qui parlait couramment le français bien qu’elle était juive, chose rare à cette période. Pesotta est arrivée en septembre 1936 et, au cours du mois de janvier suivant, l’ILGWU, section 262 était affrété pour une rencontre secrète entre certains de ses membres. Au milieu de l’année 1937, après une grève couronnée de succès, les midinettes avaient conclu une entente syndicale avec les propriétaires des industries.

(Voir aussi Les midinettes en grève)

Par Sarah Woolf, traduit par Chantal Ringuet.


Sources

Guillemette, Aldea. "Foreward." Les / The Midinettes : 1937/1962. Éd. Bantey, Edward et Bureau conjoint, Union internationale des ouvriers du vêtement pour dames/International Ladies' Garment Workers' Union, Joint Board, Montreal : 1962. 65-66.

Lambertson, R. « "The Dresden Story": Racism, Human Rights, and the Jewish Labour Committee of Canada. » Labour/Le Travail 47 (2001): 43-82.

Leeder, Elaine J. The gentle general : Rose Pesotta, anarchist and labor organizer. SUNY series in American Labor History Albany : State University of New York Press, 1993.

Pesotta, Rose. "The Beginning." Les / The Midinettes : 1937/1962. Éd. Bantey, Edward et Bureau conjoint, Union internationale des ouvriers du vêtement pour dames/International Ladies' Garment Workers' Union, Joint Board, Montreal : 1962. 70-72.

Shane, Bernard. "Great Moments." Les / The Midinettes : 1937/1962. Éd. Bantey, Edward et Bureau conjoint, Union internationale des ouvriers du vêtement pour dames/International Ladies' Garment Workers' Union, Joint Board, Montreal : 1962. 109-123.

Sicherman, Barbara et Carol Hurd Green. « Notable American women the modern period : a biographical dictionary. » Cambridge : Belknap Press of Harvard University Press, 1980.

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Steedman, Mercedes. Angels of the Workplace: Women and the Construction of Gender Relations in the Canadian Clothing Industry, 1890-1940. Toronto : Oxford University Press, 1997.

Tulchinsky, Gerald J. J. Branching out : the transformation of the Canadian Jewish community. Toronto : Stoddart, 1998.

* Les images proviennent du Kheel Center, à l'universite Cornell, des Archives nationales du Congrès juif canadien, Comite des charites, et des Archives de la Bibliothèque publique juive.

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