Rebbetzin (femme de rabbin) et immigrante russe, Taube Kaplan (vers 1856-1940) est à l’origine de la fondation du Montreal Hebrew Maternity Hospital. Dans les années 1910, le taux de mortalité infantile à Montréal était l’un des plus élevés au monde : plus d’un enfant sur cinq mourrait avant d’avoir atteint l’âge d’un an. Dans les quartiers défavorisés où s’étaient établis les immigrants juifs, cette situation précaire était encore plus manifeste. En 1914, Kaplan eut donc l’idée de créer un hôpital pour les jeunes femmes juives, afin de leur prodiguer des soins pendant et après leur maternité. À une période marquée par une vague d’immigration de Juifs est-européens souvent défavorisés sur le plan économique, Kaplan permit à certaines mères de recevoir des soins dont elles n’auraient pu défrayer les coûts. Conçu pour les femmes de confession juive, cet hôpital offrait de la nourriture cachère.
Taube Kaplan réussit un exploit presque impossible à réaliser de nos jours : elle amassa elle-même des fonds pour la construction du Montreal Hebrew Maternity Hospital. Pendant une longue période, elle fit du porte-à-porte et recueillit les dons de particuliers. Avec l’argent qu’elle ramassa, un immeuble de la rue Cadieux (aujourd’hui la rue De Bullion) fut acheté afin d’être transformé en hôpital. Plusieurs personnes influentes, dont des médecins chapeautés par le Docteur J.R. Goodall, offrirent leur soutien au projet. Celui-ci se concrétisa en 1916.
À une époque où les soins hospitaliers juifs n’étaient guère disponibles, Taube Kaplan fut une pionnière dans ce domaine à Montréal. Par ses actions, elle soutint la création d’une institution précurseur de l’important Hôpital général juif. Elle joua également un rôle important dans la situation des femmes juives dans la société. À cette période, les femmes commençaient à peine à s’engager dans des causes publiques et au sein des institutions. Dans la communauté orthodoxe à laquelle Kaplan appartenait, cela était encore plus rare. Cette femme d’origine modeste qui enseignait l’hébreu et la religion plusieurs heures par semaine afin de compenser pour le maigre salaire de son mari désira malgré tout rester dans l’ombre. À titre d’exemple, elle refusa que l’une des salles du futur Hôpital général juif de Montréal soit nommée en son honneur.
Par Valérie Beauchemin.
Sources
Baumel Joseph, Norma. “A Portrait of Jewish Life: Jewish Women in Canada: An Evolving Role.” From Immigration to Integration, the Canadian Jewish Experience: A Millenium Edition. Institute for International Affairs B’nai Brith Canada. 2000. Online.
King, Joe. Fabled City : The Jews of Montreal. Montreal: Éditions Price-Patterson Ltd., 2009.
King, Joe. Les Juifs de Montreal: Trois siècles de parcours exceptionnels. Outremont Les Éditions Carte Blanche, 2002.
Wright, Alexander. Our Tribute Everlasting: 50th anniversary, Sir Mortimer B. Davis Jewish General Hospital, 1934-1984. Montreal: The Sir Mortimer B. Davis Jewish General Hospital, 1984.
*Les images proviennent des Archives de l’Hôpital general juif et des Archives nationales du Congrès juif canadien, Comite des charites.
Images
Adresse
1665 de Bullion, Montréal
Carte interactive aux coordonnees 45.511277, -73.5628899.
Expositions et histoires reliees
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